‘Oudry – Peintre de Courre’

Château de Fontainebleau

13 October 2024–27 January 2025

Anne Gallou

 

A painting of a person sitting at a table Description automatically generated

The illustrations are of works by Jean-Baptiste Oudry (1686–1755)

1 Detail of painting in Pl 2 showing Oudry self-portrait

 

C’est l’automne, le ciel est ‘bleu royal’, la température est douce et le soleil éclaire le magnifique château de Fontainebleau et son parc, encerclés par la forêt et ses bois dorés. Le décor est planté. Où mieux qu’à Fontainebleau pouvait-on présenter cette exposition sur les chasses royales soulignant la passion de Louis XV pour la chasse à courre et regroupant dans un même lieu l’art cynégétique du XVIIIème siècle alors à son apogée?

Jean-Baptiste Oudry (1686–1755) (Pl 1), élève du fameux portraitiste Nicolas Largillière (1656–1746), est mis à l’honneur dans cette exposition. En effet, c’est surtout par ses peintures animalières (notamment les chiens et les chevaux) et ses ‘Chasses de Louis XV’ qu’Oudry est arrivé jusqu’à nous (Pl 2).

 

A painting of men on horses Description automatically generated

2 Cerf aux abois dans les rochers de Franchard, Forêt de Fontainebleau, 1738

 

De son vivant, il fut estimé comme portraitiste, peintre d’histoire (il entre à l’académie royale des Beaux-Arts en 1719), peintre décoratif (dessus de portes, dessus de glaces, devants de cheminées… ), illustrateur (Fables de La Fontaine, ‘le roman comique’ de Scarron, Don Quichotte), peintre de natures mortes. Nul peintre du XVIIIème siècle n’a sans doute été plus prolifique, toujours travaillant et ne cessant de songer à son travail. Cependant, outre le fait que c’est un travailleur qui aime son travail, toujours en recherche de la juste distribution des ombres et de la lumière dans ses tableaux (le blanc est son obsession), artiste et administrateur de la manufacture de Beauvais et des Gobelins, Oudry est marié.

En effet, il épouse à 23 ans son élève, Mademoiselle Froissé, fille d’un miroitier, comme lui sans fortune – ils ne s’apportent mutuellement qu’amour et désir et auront tout de même treize enfants à élever. Force est de constater que ce laborieux, a pu atteindre les contacts royaux nécessaires à l’évolution de sa carrière. C’est ainsi que par l’intermédiaire de l’intendant des finances Fagon, il fut remarqué par Louis XV en peignant ses chiens. Il semble que Louis XV ait reconnu tous ses chiens et fut dans la capacité de les nommer. (Il est vrai que chaque chien a une physionomie différente et qu’au-delà des chiens ‘attaquants’ la proie, on en voit de plus ‘tranquilles’ semblants étonnés d’être là… ). Outre les animaux, il est aussi historiquement intéressant de pouvoir reconnaitre les hauts personnages de l’époque.

En 1728 Jean-Baptiste Oudry reçoit une invitation à suivre le roi sur ses chasses, afin de présenter un véritable portrait de l’équipage royale Les chasses royales au Château de Marly. Il devient alors pour Louis XV, ce que Desportes (1661–1743) fut pour Louis XIV, un peintre de Cour.

Cette somptueuse exposition présente donc, dans le cadre unique du château de Fontainebleau qui a connu tous les rois de France, une cinquantaine d’œuvres issues de collections et musées français mais aussi italiens, américains et danois. Dans la première salle le visiteur plonge dans l’univers de la vènerie. Pour mieux comprendre les chasses royales et les grands décors de l’exposition qui vont suivre, le visiteur doit s’imprégner de l’ambiance de l’époque et la vènerie est un rouage de la cour où l’étiquette s’applique autant qu’au château.

Dans une ambiance feutrée, sont présentés deux panneaux de Desportes (1661–1743), l’un sur la chasse à tir avec une évocation de la fauconnerie et l’autre sur l’art de courir le cerf avec les chiens, une console venue de Versailles est également exposée avec un plateau en stuc présentant le domaine de chasse de Fontainebleau divisé en 8 gardes. Fontainebleau était en effet la première capitainerie de chasse pour les plaisirs du souverain et ce goût pour une activité quotidienne a démultiplié les équipages de chasse faisant se développer une organisation tenue par toute une hiérarchie, dont le grand veneur. Le Comte de Toulouse (fils naturel de Louis XIV et de Madame de Montespan) a d’ailleurs son portrait dans la deuxième salle; sa richesse et son rôle de grand veneur faisait qu’il avançait une partie du budget pour la vènerie puis se faisait rembourser par le Trésor (il est intéressant de noter que la vènerie représente alors 1/5ème du budget de la France). Louis XV était si passionné par la chasse qu’il a développé toutes les infrastructures de Fontainebleau afin de pouvoir héberger chevaux et chiens; veneur très précis, toutes ses activités étaient mentionnées dans les éphémérides des chasses du roi présentées ici. La dimension sonore de la chasse y est également représentée par des partitions de musique (notamment les Fêtes de la Saint Hubert toujours d’actualités à Fontainebleau). Le traité de vènerie de Monsieur d’Yauville, illustré par Jean-Baptiste Oudry se diffuse alors dans la haute société.

La visite se poursuit avec différents tableaux dont le portrait du chien du roi Polydor peint par Oudry où l’on peut voir sur son flanc droit la marque de la vènerie. C’est un chien altier peint avec beaucoup de délicatesse. Les œuvres cynégétiques sont abordées dans cette exposition avec beaucoup de raffinement. C’est une part de l’histoire de France qui se présente à nos yeux!

D’autant qu’une tenue de vènerie royale, galonnée d’or et d’argent avec la culotte rouge signifiant un maître d’équipage est également présentée en vitrine, face à un grand tableau cynégétique commandé par Louis XV à Oudry où le souverain fait face au grand veneur.

Voulant mettre à l’honneur la chasse à l’intérieur de ses appartements Louis XV, demande à Oudry trois, puis neuf cartons de chasse afin d’en faire des tapisseries sur les métiers de la manufacture des Gobelins et à destination du château de Compiègne. C’est dans la troisième salle que le visiteur va comprendre le processus de création de l’artiste. Oudry va proposer neuf dessins d’étude au roi dont six sont exposés ici. Après discussion avec le souverain, une esquisse à l’huile sur toile est alors réalisée puis un grand carton à l’échelle 1 est peint par Oudry. Un des cartons présent intitulé La liturgie du départ à la chasse, montre le roi au centre, encadré par la foule de ses courtisans. La restauration du carton présenté ici aura duré trois ans.

Le processus de création des tapisseries se poursuit. Ainsi, le carton réalisé, est envoyé à la manufacture des Gobelins qui va en faire une tapisserie avec la technique d’haute-lisse. Oudry va travailler treize ans aux grands formats afin de fournir tous les cartons qui vont servir de modèles pour les tapisseries tissées aux Gobelins; leur exécution assurera définitivement sa gloire artistique. Deux tapisseries sont exposées dans cette dernière salle, le sommet de l’art du XVIIIème siècle.

Dans la dernière section, sont présentées l’exploitation des peintures d’Oudry dans les arts décoratifs, avec notamment un objet somptueux venu du Louvre, un centre de table de quarante kilogrammes d’argent représentant un loup pris au piège et un cerf attaqué. L’exposition se poursuit avec la visite des appartements des chasses où les cartons d’Oudry sont encore encastrés dans les lambris des appartements des fils de Louis-Philippe. Ces quatre derniers grands décors nécessitent une restauration et de grands mécènes s’y intéressent (sachant que toutes les bonnes volontés sont bienvenues…).

Un livret-jeux pour les enfants est disponible lors de la visite et vous pourrez passer une agréable journée entre le château, le parc et ses agréables randonnées tout en profitant de voir cette magnifique exposition et notamment les quatre grands cartons des chasses rénovés du XVIIIème siècle, en ne déboursant que le prix d’entrée pour l’ensemble du château.

 

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