‘Van Gogh à Auvers-sur-Oise – Les derniers jours’

Musée d’Orsay, 3 October 2023–4 February 2024

Anne Gallou

La superbe rétrospective ‘Van Gogh à Auvers-sur-Oise – Les derniers jours’ retrace l’intense activité du peintre néerlandais Vincent Van Gogh (1853–1890) durant les deux derniers mois de sa vie. A l’initiative commune du Van Gogh Museum d’Amsterdam et du Musée d’Orsay, cette ambitieuse exposition dévoile quarante-huit huiles, dix-neuf dessins et quatre gravures de l’artiste réalisés à Auvers-sur-Oise ainsi que des lettres et documents d’époque.

Vincent Van Gogh arrive à Auvers-sur-Oise, le 20 mai 1890. C’est un bourg facile d’accès situé à une heure de train au nord de Paris, où se retrouvent de nombreux artistes depuis que le peintre Charles-François Daubigny s’y est installé en 1861. Van Gogh revient du Midi de la France où, après avoir vécu à Arles, et y avoir subi plusieurs crises nerveuses et notamment un violent accès de folie, il a effectué un séjour d’un an dans une maison de santé à Saint-Rémy de Provence. Considéré comme guéri par le Directeur de l’Institution il est autorisé à rejoindre son jeune frère Théo qui est son seul soutien moral et financier. Théo vit à Paris avec sa femme Johanna, mais Vincent souhaitant retrouver son indépendance, préfère s’installer à Auvers-sur-Oise sur les recommandations du peintre Camille Pissaro. Très enthousiaste il espère que le changement d’environnement va l’aider à mieux gérer sa souffrance mentale. De plus, un spécialiste des troubles psychiatriques, le docteur Paul Ferdinand Gachet, habite le village et, à la demande de Théo, va s’efforcer d’aider Vincent à lutter contre ses angoisses. Le docteur Gachet se veut rassurant et, dès son arrivée, il recommande au peintre de ‘ne plus penser à sa maladie et de se jeter dans le travail pour se distraire’. Toutefois, Vincent doute, il écrit à son frère: ‘Gachet, avec une figure raidie par le chagrin, combat certainement le mal nerveux duquel, certes, il me parait attaqué au moins aussi gravement que moi ‘ … mais il craint une rechute, il veut peindre et se persuade que ce docteur va lui apporter aide et réconfort… il se jette alors dans le travail.

Cette exposition est introduite par trois chefs d’œuvres: La piéta (huile sur toile, 73 x 60.5 cm, Amsterdam, Van Gogh Museum) réalisée d’après une reproduction du tableau d’Eugène Delacroix en 1889; Autoportrait (huile sur toile 65 x 54.2 cm, Paris Musée d’Orsay, 1889) ; et Docteur Paul Gachet (huile sur toile 68.3 x 15.1 cm, Paris Musée d’Orsay,1890). Cette entrée en ma tière est très révélatrice de l’état d’esprit du peintre. La piéta, qui dépeint la détresse et le chagrin d’une mère face à une grande souffrance, laisse présager que son auteur a besoin de réconfort; l’autoportrait, qui montre l’artiste calme et serein sur un fond agité et tourbillonnant suggère que le personnage vit dans un monde tourmenté; le Docteur Paul Gachet, qui présente une personne mélancolique semblant souffrir d’une maladie nerveuse, rappelle la mélancolie de Van Gogh. Belle illustration de cette phrase écrite à son cadet, Nous ne pouvons faire parler que nos tableaux.’

Le décor est planté et la visite commence par la première salle dédiée aux relations entre l’artiste et le docteur Gachet, médecin mélancolique mais aussi collectionneur et peintre amateur. Puis dans une très grande salle claire et aérée sont regroupés de nombreux tableaux de fermes, de chaumières et de scènes de rue du village. Vincent Van Gogh était sensible à la vie paysanne, besogneuse et rude, telle qu’il l’avait connue dans son enfance dans le Brabant-septentrional. Il a toujours été attaché à la représentation des chaumières, ces ‘nids’, écrivait-il, ‘où les humains trouvent le réconfort’.

De nombreuses peintures colorées peu connues illuminent cette salle. Notamment, La maison du père Pilon (huile sur toile, 49 x 70 cm, collection particulière) qui, plutôt qu’une maison, présente une impasse et surtout un magnifique arbre peint en touches colorées de bleu, vert, blanc et orange caractéristiques de son style, sur un fond de ciel bleu noir menaçant. Fermes à Auvers-sur-Oise (huile sur toile 73,.5 x 925 cm, Finnish National Gallery Helsinki) dépeint des maisons aux tons orange et vert très prononcés se détachant sur un ciel inversé où le ciel est blanc et les nuages bleus, laissant une idée de tableau inachevé. La sublime et très célèbre Eglise d’Auvers-sur-Oise (huile sur toile 93 x 74.5 cm, Paris Musée d’Orsay), légèrement déformée de couleur verte et violacée avec des touches d’orange et de rosé est également exposée dans cette salle. En mai-juin 1890 l’artiste, malgré sa solitude, semble heureux de vivre dans ce village. Il écrit à son frère, ‘Auvers est gravement beau!’

Avec le paysage campagnard, le portrait reste le genre privilégié des derniers mois de la carrière de Van Gogh. Son enthousiasme se ranime même s’il n’a que peu de modèles. Le portrait d’Adeline Ravoux (huile sur toile, 73.5 x 54.5, collection particulière) – la fille des patrons du café où il loge – est une symphonie de bleus sur bleus faisant ressortir le visage clair du modèle et ses cheveux blonds. Van Gogh a une obsession pour le ‘portrait moderne’. Il ne cherche pas la ressemblance photographique, mais veut utiliser la couleur brute comme moyen d’expression du caractère du modèle.

A Auvers, Vincent redécouvre le printemps et l’apprécie. Partout des champs et des haies de fleurs frappent son regard et il peint de magnifiques tableaux Champs de coquelicots (huile sur toile, 73 x 91.5 cm La Haye, Kunstmuseum Den Haag), Vignes à Auvers-sur-Oise (huile sur toile, 65.1 x 80.3, Saint Louis Art Museum), Champ de blé avec bleuets (huile sur toile, 60 x 81 cm, Riehen/Bâle, collection Beyeler). Puis, ayant toujours l’idée de rembourser son frère de son soutien financier, il peint des natures mortes florales, des bouquets en vase Roses et renoncules (huile sur toile 51.5 x 52 cm, Paris Musée d’Orsay) dans le but de les vendre… peine perdue…

Parmi les 74 tableaux peints à Auvers-sur-Oise (en 69 jours!), se distinguent 13 toiles d’un format allongé (50 x 100 cm), une série unique dans l’œuvre de Van Gogh appelée ‘les doubles carrés’. Ce n’est pas un format ‘commercial’, l’artiste l’a choisi lui-même au même titre qu’il aimait choisir les encadrements de ses tableaux. Dans cette série les sujets sont très variés. Le tableau Pluie – Auvers-sur-Oise (huile sur toile 50.3 x100.2 cm, Cardiff, Amgueddfa Cymru – National Museum Wales) daté du 18 juillet 1890 est un tableau sombre et oppressant dans lequel le village en arrière-plan disparait sous une pluie drue d’un bleu dur, qui semble refléter la détresse du peintre. Le célèbre Champ de blé aux corbeaux (huile sur toile, 50.5 x 103 cm – Amsterdam, Van Gogh Museum) est également un double carré très impressionnant: deux chemins verts sont tracés au milieu d’un champ de blé jaune et s’éloignent vers des nuages ténébreux; au-dessus des blés tourmentés, les sinistres corbeaux prennent leur envol sans que l’on sache s’ils s’éloignent ou se rapprochent de nous… Peint deux jours avant sa mort, ce tableau dépeint clairement le désespoir de son auteur. Racines d’arbres (huile sur toile, 50.3 x 100.1 cm, Amsterdam, Van Gogh Museum), le dernier et très beau tableau peint par Van Gogh le jour de sa mort, fait également partie de cette série. Très coloré avec du bleu, de l’ocre jaune du vert et du rose il présente un curieux entrelacement de racines; étonnamment, pour une peinture réalisée le jour de sa mort, celle-ci n’est pas tragique.

Durant les dernières semaines de sa vie, Vincent Van Gogh semble avoir lutté contre des sentiments d’échec, de culpabilité et de solitude. Malgré l’inspiration que lui apporte l’environnement d’Auvers-sur-Oise, sa mélancolie s’intensifie et le dimanche 27 juillet 1890 il choisit de mettre fin à ses jours en se tirant une balle dans la poitrine. Il décède à 37 ans le 29 juillet 1890 et laisse derrière lui une œuvre considérable qui commençait seulement à éveiller l’intérêt des milieux artistiques.

Son décès prématuré servira de catalyseur à sa renommée. Son frère Théo meurt six mois plus tard et c’est grâce à la persévérance de son épouse Johanna que la notoriété du peintre Vincent Van Gogh explosera.

 

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